et l’urgence climatique
par JP Hérold, biologiste
Il ne fait plus de doute que le réchauffement climatique est en cours et s’aggrave. Nos sociétés devront s’adapter. La plupart des secteurs d’activités économiques régionales (agriculture, forêt, tourisme, industries, loisirs…) seront impactées avec des productions ou des activités réduites, il suffit d’un retour sur un passé proche pour comprendre:
Déjà en 2022 le Doubs ne coule plus en aval de Pontarlier, et le saut du Doubs, une référence hydrologique et touristique, est à sec ! Ce constat s’est renouvelé lors de plusieurs de ces années dernières. En 2026 plusieurs canicules ont aggravé la situation et des Communes du secteur doivent faire venir de l’eau par camion-citerne pour remplir leur château d’eau !

Donc les étiages de toutes les rivières de Franche-Comté se prolongent et la ressource devient alors problématique. Plus d’un mois sans pluies en février 2023, du jamais vu ! Et un mois de juin chaud et sec. Et un automne caniculaire avant de finir l’année ! En 2026 la situation est pire dès le moi de mai.
Les autorités préfectorales alertent alors sur le manque de recharge des nappes souterraines, lesquelles sont à des niveaux inférieurs à la moyenne des années précédentes.
La situation hydrologique est préoccupante et les débits des cours d’eau ne cessent de diminuer. Les départements 25 et 90 sont classés en situation d’alerte avec des mesures de restriction de la consommation de l’eau qui concernent toutes les catégories d’usagers. Les éleveurs de vaches montbéliardes qui travaillent en AOP Comté sont très inquiets.
Lancer les politiques de sobriété et d’efficacité est maintenant une urgence pour développer des plans d’adaptations individuels et collectifs afin de vivre et produire avec moins d’eau.
Des constats
- L’agriculture aurait dû être en tête des mesures préventives. Une grande part de la recherche agronomique est restée orientée sur des mesures d’aménagements de zones humides, de rectification de ruisseaux, de développement des arrosages et de culture de plantes gourmandes en eau. Elles font partie du maintien du modèle agricole productiviste grand consommateur d’eau. Les travaux de drainage, la destruction des haies et des talus sont encore d’actualités dans notre région alors que leurs conséquences sur la ressource en eau sont désastreuses et connues.
- Les réseaux d’alimentation en eau potable sont souvent de véritables passoires qui gaspillent 20 à 30% de la ressource. Les réseaux de collecte des eaux usées sont aussi en cause : réseaux vétustes, stations d’épuration défaillantes qui sont autant d’éléments de dégradation de la qualité de l’eau et de son gaspillage.
- Le fait de ne pas réagir rapidement mettra en difficulté des activités économiques régionales par manque d’eau de qualité. La limite de résilience des milieux aquatiques va être dépassée par des assecs plus fréquents et plus longs, donc une pénurie d’eau est probable.
- Mais cette évolution ne met pas à l’abri des inondations et tempêtes ; au contraire, les accidents météorologiques risquent d’être plus fréquents selon les climatologues.
Il est urgent de mettre en œuvre un plan d’envergure en faveur de la ressource eau, avec une large implication de la société civile et des milieux professionnels.
