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Projet d’adducteur du Touyre… 

« TOUT SAVOIR SUR LE PROJET D’ADDUCTEUR DU TOUYRE »

Analyse contradictoire du document publié par le Conseil Départemental de l’Ariège

Avril 2026

L’analyse sera faite en reprenant le déroulement (en italique) de la « PLAQUETTE PDF 8 PAGES » distribuée et disponible également : ICI .

Les lignes en gras sont commentées. Le Conseil Départemental de l’Ariège est abrégé en « CD 09 »

Nos éléments de réponse proviennent du document « Arguments des APNE contre le détournement du Touyre pour approvisionner Montbel » Nos commentaires sont en caractères droits.


Lac de Montbel

TOUT SAVOIR SUR LA SÉCURISATION DU REMPLISSAGE DE MONTBEL ET SUR LE PROJET D’ADDUCTEUR DE LA RIVIÈRE TOUYRE

                Ce titre est discutable. Il sous-entend un risque pour Montbel. Or nous affirmons que ce risque n’existe pas. Le terme « Sécurisation » est alarmiste et trompeur.

L’Ariège est l’un des « châteaux d’eau » de l’Occitanie. Grâce à ses montagnes, notre département a la chance d’être encore préservé. Mais face au défi du changement climatique, l’eau devient une ressource précieuse qu’il faut apprendre à mieux partager. Cette richesse implique une responsabilité : celle de la solidarité et du partage de ce bien commun.

Depuis 1985, le lac artificiel de Montbel joue un rôle de réservoir vital, raison pour laquelle il a été aménagé. Sa mission est de soutenir le débit des rivières notamment pour garantir l’alimentation en eau potable des habitants et permettre aux agriculteurs de continuer à nous nourrir.

Cette affirmation dissimule la réalité en mettant en avant une part minime de cette mission. En effet, l’eau de Montbel se partage ainsi :

  • 52 % pour la compensation des prélèvements agricoles(branche Ariège/Hers 34%) et le soutien d’étiage de l’Hers (18%)
  • 40 % pour le lac de la Ganguise (branche Haute Garonne/Aude), dans le Lauraguais, à vocation agricole,
  • et 8 % pour le soutien d’étiage de la Garonne.

Enfin, la référence aux agriculteurs occulte le fait que le maïs est une marchandise d’exportation , les productions destinées au marché local est minime.

L’ADDUCTEUR DU TOUYRE : UNE INFRASTRUCTURE PROPRE

UN LAC EN DIFFICULTÉ Depuis quelques années, le manque de neige et une pluviométrie aléatoire empêchent le lac de Montbel de se remplir complètement.
Faux ! Cette affirmation sans nuance est fausse. Sur 40 années, fin juin, c.à.d. au début de la saison d’irrigation et après avoir servi la Ganguise au printemps (26 Mm3), il est toujours resté plus de 34 Mm3 pour la branche Hers Ariège (donc les 52 % nécessaires) et 12 Mm3 en moyenne pour assurer le soutien d’étiage de l’Hers et par conséquent de la Garonne.
Quand le niveau baisse trop,
c’est toute la sécurité de l’alimentation des usages de l’eau de la région qui est menacée.
Cela signifie en réalité que l’irrigation a utilisé son quota, ce qui se produit très rarement. De plus, la préfecture veille à ce que la part des usages obligatoires (sécurité et consommation humaine) ainsi qu’un seuil de protection des milieux soient maintenus.

LE PROJET EN CHIFFRES

20% : C’est seulement ce que l’adducteur prévoit de prélever dans le débit du Touyre, en hiver du 1er novembre au 30 juin, pour alimenter Montbel.
Faux ! Le CD09 prévoit de prélever entre 10 et 15 Mm³ en période hivernale ce qui peut représenter jusqu’à 40 % du débit en période hivernale sèche. La prise d’eau pouvant capter 1600 l/s alors que le débit moyen du Touyre est de 1980 l/s c’est bien quasiment toute l’année que la rivière en aval sera condamnée au seul débit réservé.
15 millions € : C’est le budget pour la création de cette infrastructure, dont le financement serait majoritairement assuré par un cofinancement à hauteur de 70% par l’Agence de l’Eau Adour Garonne et la Région (fonds FEDER et fonds propres).
Faux ! Nous savons de source sûre que le CD09 à approuvé en septembre 2025 un budget de 21 millions € ! (délibération du 8 septembre 2025)
L’Adducteur du Touyre est prévu pour être une canalisation de 1 mètre de diamètre, enterrée sur une longueur de 5km. Cette conduite permettra de prélever une partie de l’eau du Touyre en hiver vers le lac de Montbel pour garantir son remplissage, sans pour autant nuire à la rivière. Son installation gravitaire (en pente) sera nulle en énergie. Un système de pompage sera mis en place pour réalimenter le Touyre en période estivale, ce qui préservera les milieux aquatiques de la rivière.
Ce projet est une étape clé pour protéger notre environnement face au changement climatique et s’assurer que, demain, personne ne manque d’eau sur le territoire.

Conscient de cela, le CD09 prévoit un système de pompage pour restituer de l’eau au Touyre en été. Cette méthode sera extrêmement consommatrice d’électricité et interroge sur « l’intelligence » du système : Si de l’eau a été apportée au lac de Montbel, il est fort peu probable qu’on la rendra et de plus, s’il faut la rendre en été, pourquoi ne pas l’y avoir laissée en hiver ?

Lire la foire aux questions

En conclusion
                Cette « PLAQUETTE PDF 8 PAGES » a été publiée et distribuée quelques jours avant l’ouverture de l’enquête publique sur ce projet avec l’intention visible d’influencer les citoyennes et les citoyens qui seront appelés à s’exprimer.
                Les APNE désapprouvent totalement cette politique de stockages intensifs, de suréquipement des cours d’eau et la vision consumériste de l’eau qu’elle favorise.

                A ce titre, le projet de « sécurisation » de Montbel ressort d’une vision passéiste néfaste de l’action publique en regard des enjeux auxquels nous devons faire face. L’hydrologie à l’échelle de tous les bassins est très impactée par les aménagements et artificialisation des écosystèmes. Ce projet est en contradiction totale avec ce que préconise désormais les agences de l’eau et les syndicats de rivières, c’est à dire un retour à l’état naturel des cours d’eau et des solutions fondées sur la nature.

Des choix intelligents et concertés doivent être fait. Sans quoi les rigueurs climatiques à venir nous contraindront à des mesures d’urgence qui coûteront beaucoup plus à la société que les investissements discutables et court-termismes d’aujourd’hui comme celui-ci.

Nous ne pouvons cautionner un tel projet soi-disant d’utilité publique , qui va à l’encontre des solutions fondées sur la nature et nous vous incitons à déposer à cette enquête publique ci-dessous.

 –Avis d’Enquête Publique

Documents de présentation

Registre du projet 

Un espoir pour le Gave de Cambasque

La justice administrative préserve le Gave du Cambasque à Cauterets (65)

Fin 2020, FNE Occitanie Pyrénées, FNE 65, Cauterets Devenir et ANPER TOS déposent un recours contre l’autorisation de construire et d’exploiter une centrale hydroélectrique sur la commune de Cauterets (65). Après 6 années de procédure, la cour administrative d’appel de Bordeaux annule aujourd’hui cette autorisation en retenant que ce projet aura un impact trop important sur ce milieu naturel exceptionnel de montagne. Explications

Gave de Cambasque crédit photo: CC-BY Missbutterfly

Un projet très critiqué par les organismes officiels consultés durant son instruction

Le Gave du Cambasque est un cours d’eau présentant une eau de très bonne qualité. Il cumule d’ailleurs les zonages environnementaux témoignant de son exceptionnel richesse. Classé réservoir biologique dans le SDAGE Adour-Garonne, il est situé au sein de l’aire optimale d’adhésion du Parc National des Pyrénées, mais aussi en ZNIEFF de type 1 et 2. C’est un affluent du Gave de Cauterets lui-même inscrit en site Natura 2000.

La société Pyrénées Énergie SA a malgré tout déposé une dossier afin d’y construire puis d’exploiter, une micro-centrale hydroélectrique. Les services de l’État ont alors saisi la mission régionale de l’autorité environnementale (MRAe), les services de la DREAL, ou encore le Conseil national de protection de la nature qui ont tous conclu aux lacunes entachant ce dossier. Le principal enjeu concernait l’insuffisance du débit réservé prévu en aval du barrage.

“Nous avons une pensée spéciale envers les générations précédentes qui se sont opposés aux nombreux projets hydroélectriques sur leur commune. Leur vigilance et leur action nous permettent aujourd’hui de profiter d’un cadre naturel exceptionnel dont font partie gaves et cascades. Nous ne leur devions pas moins.”

Daniel NEGRIER, membre de l’association Cauterets Devenir

Une décision de justice importante pour les cours d’eau pyrénéens

Dans un jugement du 29/11/2023, le tribunal administratif de PAU avait annulé l’autorisation en considérant que le projet ne répondait pas à une raison impérative d’intérêt public majeur. Mais avec la loi d’accélération de la production des énergies renouvelables (dite « APER ») du 10/03/2023, les micro-centrales bénéficient désormais d’une présomption d’intérêt public majeur.

Ainsi, le préfet des Hautes-Pyrénées a délivré une nouvelle autorisation le 16/09/2024 en considérant désormais que ce projet n’avait plus à démontrer cette condition prévue par la loi sur les espèces protégées.

Finalement, après saisine de la juridiction d’appel par nos associations, c’est la cour administrative d’appel de Bordeaux qui met fin à ce long feuilleton judiciaire en retenant que : « il résulte toutefois des avis concordants des organismes consultés qu’une grande partie des mesures proposées présentent des garanties d’efficacité très hypothétiques de sortes que les impacts résiduels du projet sur les espèces aquatiques protégées sons sous-évalués. » concluant alors à des « impacts sur le milieu aquatique et humide » largement sous-estimés.

“Il est problématique que ce projet n’ait pas été écarté dès son instruction par les services de l’État  en raison des multiples lacunes du dossier, notamment l’absence de chroniques récentes des débits ainsi que le milieu exceptionnel qui serait impacté. Les associations savaient qu’elles engageraient toutes les procédures possibles afin de préserver ce magnifique site.”

Cécile ARGENTIN, Présidente de FNE Occitanie Pyrénées

Le débit réservé est le débit minimal obligatoire d’eau que les propriétaires ou gestionnaires d’un ouvrage hydraulique (lac, plan d’eau, barrage, seuil, unité hydroélectrique…) doivent réserver au cours d’eau et au fonctionnement minimal des écosystèmes ainsi qu’à tous les usages de l’eau.

La Commission Européenne réclame des comptes

La Commission Européenne réclame des comptes à la France concernant l’État Écologique des cours d’eau

ANPER a déposé plainte le 12 avril 2025 devant la Commission européenne afin de dénoncer le « Faux Bon État » des masses d’eau du massif karstique jurassien, et par extension de nombreuses autres masses d’eau du territoire français. En effet, l’indicateur « poissons » n’est pas obligatoire dans l’évaluation de l’état écologique suivant l’arrêté du 25 janvier 2010, ce qui est clairement en contradiction avec les éléments de qualité biologiques énumérés au 1.1.1 de l’ANNEXE V de la Directive Cadre sur l’Eau (DCE), et avec la « conception du contrôle de surveillance » édictée au paragraphe 1.3.1 de cette même ANNEXE.

 D’autre part, lorsque l’indicateur « poissons » est renseigné, les méthodes d’évaluation utilisées (pêches par point et IPR) ne prennent absolument pas en compte « l’abondance » des espèces, ce qui est à nouveau contradictoire avec la Directive Cadre Eau (DCE).

On arrive ainsi à des situations totalement aberrantes sur certaines masses d’eau, comme par exemple les rivières de tête de bassin du massif karstique jurassien. A titre d’exemple une rivière comme le Cusancin est classée en « Bon État Écologique » dans sa partie basse vers Baumes-les-Dames (25), alors même que les densités piscicoles ont été divisées par 4 depuis 2010, et par plus de 8 par rapport à l’état de référence suivant les inventaires piscicoles réalisés chaque année par la Fédération de Pêche du Doubs…. L’indicateur « poissons » institué par la DCE est pourtant un pilier du diagnostic et du tableau de bord biologique, et il est encore plus pertinent en cas de pollutions multifactorielles. En effet, situés au sommet de l’édifice biologique, les poissons intègrent forcément toutes les perturbations.

Il semble que la Commission Européenne soit arrivée au même constat, puisqu’elle vient d’ouvrir une procédure d’infraction à l’encontre de la France « au motif que cette dernière n’a pas transposé correctement la Directive Cadre sur l’Eau (directive 2000/60/CE) ».

 Dans une lettre de mise en demeure, l’instance estime que la législation française « ne tient pas compte des populations piscicoles et de la continuité des cours d’eau lors de l’évaluation de la qualité de ces cours d’eau. Par conséquent, la législation française ne garantit pas que la qualité de ces cours d’eau est correctement évaluée. »La France dispose de deux mois pour y répondre et remédier aux manquements relevés par la Commission.

L’enjeu ici est énorme pour l’avenir de nos rivières et de toute la biodiversité associée, il s’agit d’imposer une obligation de résultat en réintégrant un indicateur « poissons » fiable dans l’évaluation de l’État écologique des cours d’eau, comme prévu par la DCE.

En d’autres termes, il faut “réparer le Thermomètre” pour poser le bon diagnostic, celui qui permettra de soigner le malade…Et il y a urgence !!!